Les contributions du livre Artiste 2020 (variations prospectives) sont à l’image des débats et des contradictions qui animent les professions culturelles – au sens très large du terme.
Mettons de côté les deux contributions politiques d’Anne Hidalgo (PS) et Jacques Toubon (UMP) qui n’ont rien de prospectif, mais sont des textes de réaction aux débats du jour, en l’occurrence la loi Hadopi et la question de la juste rémunération de la création. Au moins sent-on chez Jacques Toubon une vraie sincérité dans sa défense des artistes, qui semble faire défaut dans le langage d’Anne Hidalgo (pourquoi faut-il que les élus de gauche commencent immanquablement leurs discours par un laïus sur la nécessité de l’art ? Doivent-ils s’en convaincre eux-mêmes ?).

Quant aux autres textes, au delà de leur hétérogénéité, et des choix différents d’approche, sourdent quelques idées-forces qui illustrent les débats – d’aujourd’hui – dont on cherche les résultats concrets à dix ans.

  • La question du statut de l’artiste transparait dans tous les textes : dilution du statut professionnel vers un état de créateur ; dilution de l’acte de création dans un gigantesque maelström du “tous artistes” (ou “tous star”) ; trop plein d’artistes et de personnel culturel formé par des filières universitaires mortifères dont on a cru à l’orée du troisième millénaire qu’elle serait la panacée de nos métiers ; trop plein d’œuvres jusqu’à la nausée. Deux constats liés : trop d’artistes crée le sous-emploi artistique ; trop d’œuvres crée la sous-valorisation de l’œuvre en tant que figure tutélaire d’explication et de compréhension du monde.

  • Une opposition de plus en plus marquée entre divertissement (art-money, music business, etc.) et art (art-tisanat) que nous résoudra, bien au contraire, pas la transformation du ministère de la culture en ministère des industries créatives.

  • La question de la crise de la médiation, qu’on peut résumer en ces termes : 1) à l’heure du tout-communication, il n’est plus nécessaire de médiateurs (média, mais aussi structures d’accompagnement, managers, éditeurs,..), l’artiste devient auto-entrepreneur, et est connecté à sa communauté de fans grâce aux réseaux affinitaires via les téléphones mobiles. 2) Ce à quoi certains répondent la nécessité de recréer des espaces et des instances de prescription (critiques, mais aussi universités, filières de formation) : on notera à ce sujet l’étonnante et stimulante proposition de Jean AUDOUZE en ouverture du livre de créer un institut calqué sur le fonctionnement du CNRS pour la création.

  • In fine, c’est toujours et encore la question de la liberté de la création, tiraillée entre nécessaire rémunération du créateur et libre réappropriation par la société des œuvres de l’esprit, entre la tendance hyper-instituante de l’État français, bien aidée par le réflexe tout à fait légitime (?) des artistes et producteurs arrivés de verrouiller leur place dans l’échiquier social et le nécessaire jeu des forces vives qu’il faut laisser s’exprimer et se disséminer.

Bref, un ouvrage avec de bonnes idées à piocher, qui accompagne l’actuelle besoin de défrichage des tendances à l’oeuvre et montre la grande incertitude des temps.

Un ouvrage co-édité par l’Irma et l’Adami disponible ici : http://www.irma.asso.fr/Artistes-2020

  • PrintFriendly
  • Blogger Post
  • Netlog
  • Share/Bookmark