avatar SP98 : Rencontres Professionnelles pour les métiers de la culture
Le Garage Electrique et illusion & macadam vous suggèrent de participer  à la 2ème saison des SP98 : Du carburant pour nos métiers, et vous invitent à la prochaine rencontre qui a lieu le 8 décembre de 18h30 à 20h, Friche de Mimi : La Responsabilité Sociétale des Organisations : quels enjeux pour les entreprises culturelles ?
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Jean Hurstel, homme de théâtre, fût directeur de la Laiterie (Centre européen de la jeune création) à Strasbourg entre 1992 et 2003. Il est fondateur et toujours l'actuel président du réseau culturel européen Banlieues d’Europe qui fédère les projets artistiques dans les quartiers populaires du continent. Il est enfin président des Halles de Schaerbeek à Bruxelles depuis le 1er juin 2006. Il a publié Une nouvelle utopie culturelle en marche aux Éditions de l'Attribut, à Toulouse, en 2009.

Dans ce petit livre paru aux Editions de l'attribut en 2009, Jean Hurstel résume parfaitement bien les débats actuellement en cours au sein de la profession culturelle. L'ouvrage est conçu comme un dialogue en trois actes – quoi de plus normal pour quelqu'un formé au TNS – entre un jeune acteur révolté et pressé d'en découdre, et un auteur installé qui a déjà bourlingué et vécu plusieurs décennies d'action culturelle et d'utopies artistiques. Leur dialogue, conflictuel, rageur et sans concessions, permet de brosser toutes les contradictions et les impasses dans lesquelles nous sommes actuellement. Si on peut être agacé du ton très naïf employé par moment, c'est que Hurstel se fait l'avocat du diable, pousse les logiques jusqu'au bout, et dresse des portraits volontairement caricaturaux des acteurs culturels. De l'intermittent en colère au directeur des affaires culturelles engoncé dans son hypocrisie, de l'auteur subventionné au cacique du ministère, toutes les figures y passent.

Le principal intérêt du livre est de replacer dans une perspective historique la politique culturelle. Nous avons tendance à faire commencer l'histoire à Jean Vilar et André Malraux, voire parfois à Jack Lang, alors que ses racines sont plus profondes. Notamment, elles s'ancrent dans l'histoire du mouvement ouvrier, et rappellent combien la culture est indissociable de l'émancipation des couches populaires. Pour revenir à Malraux, Hurstel pointe ce qu'il appelle le « péché originel » de la politique culturelle à la française : la déconnexion de la culture et de l'éducation populaire – alors que cette dernière a largement contribué à l'émergence d'une sphère culturelle autonomisée. Pourquoi cette rupture ? Pourquoi un Ministère de la Culture et de la Communication, et pas, mettons, un Ministère de la Culture et de l’Éducation ?

Le livre a donc le mérite de proposer un condensé de l'ensemble des questions qui agitent un milieu en plein doute. Des doutes sur sa mission : l'artiste a t-il un rôle social ? Quelle place pour l'expérimentation ? D'ailleurs, a t-il une mission ? Des doutes sur son audience : la fréquentation des lieux culturels est-elle si mauvaise que ça ? Le milieu est-il clos et fermé ? Des doutes sur son mode d'organisation : l’État vaut-il vraiment mieux que le marché ? Émettre des doutes sur l'action publique est-ce pour autant être un (affreux) libéral ? Prôner une politique soucieuse de la demande, est-ce forcément du populisme ?

Hélas le livre apporte peu de réponses. Les questions sont très bien posées, mais les propositions qui y sont apportées ne sont pas très convaincantes. Hurstel appelle à « une nouvelle utopie européenne ». Certes. Mais tant que la très technocratique et procédurière Commission présidera aux destinées de l'Union, il n'y a rien de novateur à en attendre pour les professions culturelles. Le mode de développement des projets défendu par l'Union est un non-sens opérationnel (pourquoi faire simple quand on peut faire incompréhensible) et une faute stratégique lourde (quand on connait la force de frappe et la réactivité des fondations anglo-saxonnes). Les autres pistes données par Hurstel sont issues de son expérience des friches. Hélas, si les projets sont beaux, je ne partage pas le même optimisme que lui sur la capacité des friches à rapprocher les classes populaires de la culture. Car il ne suffit pas « d'être là », d'être implanté dans un quartier populaire pour qu'automatiquement les habitants du quartier se sentent éclairés des lumières émancipatrices de l'action culturelle.

La fiche de l'ouvrage dans RéseauDocs






Pioché dans un texte en libre diffusion sur le Net Comment le web change le monde. L'alchimie des multitudes. Par Francis Pisani (auteur du très bon blog Transets) et Dominique Piotet Rien de très neuf, mais quelques fulgurances intéressantes

"il convient de considérer (très brièvement) l’évolution sociale globale des cinquante dernières années. Une des expressions les plus simples pour en rendre compte (malgré tous les contre-exemples qu’elle peut susciter) est « l’incrédulité à l’égard des métarécits », base du courant si mal baptisé « post-moderne ». Les grandes institutions cherchent à asseoir leur légitimité au moyen de grands récits fondateurs que nous avons de plus en plus de difficulté à accepter sans broncher (de la religion révélée du Petit livre rouge en passant par la « mission » des entreprises). Les récits jouant un rôle structurant dans l’organisation sociale, le scepticisme accru face aux récits fondateurs ne peut qu’entraîner un rapport différent aux formes d’organisation. La relation entre individus et groupes s’en trouve altérée d’autant." A lire in : http://www.alchimiedesmultitudes.atelier.fr/






Les contributions du livre Artiste 2020 (variations prospectives) sont à l'image des débats et des contradictions qui animent les professions culturelles – au sens très large du terme.
Mettons de côté les deux contributions politiques d'Anne Hidalgo (PS) et Jacques Toubon (UMP) qui n'ont rien de prospectif, mais sont des textes de réaction aux débats du jour, en l'occurrence la loi Hadopi et la question de la juste rémunération de la création. Au moins sent-on chez Jacques Toubon une vraie sincérité dans sa défense des artistes, qui semble faire défaut dans le langage d'Anne Hidalgo (pourquoi faut-il que les élus de gauche commencent immanquablement leurs discours par un laïus sur la nécessité de l'art ? Doivent-ils s'en convaincre eux-mêmes ?).


Quant aux autres textes, au delà de leur hétérogénéité, et des choix différents d'approche, sourdent quelques idées-forces qui illustrent les débats – d'aujourd'hui – dont on cherche les résultats concrets à dix ans.



  • La question du statut de l'artiste transparait dans tous les textes : dilution du statut professionnel vers un état de créateur ; dilution de l'acte de création dans un gigantesque maelström du "tous artistes" (ou "tous star") ; trop plein d'artistes et de personnel culturel formé par des filières universitaires mortifères dont on a cru à l'orée du troisième millénaire qu'elle serait la panacée de nos métiers ; trop plein d'œuvres jusqu'à la nausée. Deux constats liés : trop d'artistes crée le sous-emploi artistique ; trop d'œuvres crée la sous-valorisation de l'œuvre en tant que figure tutélaire d'explication et de compréhension du monde.

  • Une opposition de plus en plus marquée entre divertissement (art-money, music business, etc.) et art (art-tisanat) que nous résoudra, bien au contraire, pas la transformation du ministère de la culture en ministère des industries créatives.

  • La question de la crise de la médiation, qu'on peut résumer en ces termes : 1) à l'heure du tout-communication, il n'est plus nécessaire de médiateurs (média, mais aussi structures d'accompagnement, managers, éditeurs,..), l'artiste devient auto-entrepreneur, et est connecté à sa communauté de fans grâce aux réseaux affinitaires via les téléphones mobiles. 2) Ce à quoi certains répondent la nécessité de recréer des espaces et des instances de prescription (critiques, mais aussi universités, filières de formation) : on notera à ce sujet l'étonnante et stimulante proposition de Jean AUDOUZE en ouverture du livre de créer un institut calqué sur le fonctionnement du CNRS pour la création.

  • In fine, c'est toujours et encore la question de la liberté de la création, tiraillée entre nécessaire rémunération du créateur et libre réappropriation par la société des œuvres de l'esprit, entre la tendance hyper-instituante de l'État français, bien aidée par le réflexe tout à fait légitime (?) des artistes et producteurs arrivés de verrouiller leur place dans l'échiquier social et le nécessaire jeu des forces vives qu'il faut laisser s'exprimer et se disséminer.

Bref, un ouvrage avec de bonnes idées à piocher, qui accompagne l'actuelle besoin de défrichage des tendances à l'oeuvre et montre la grande incertitude des temps.



Un ouvrage co-édité par l'Irma et l'Adami disponible ici : http://www.irma.asso.fr/Artistes-2020